Le potentiel en minéraux industriels
des Appalaches
N'Golo Togola
Géologie Québec
La chaîne orogénique des Appalaches
au Québec recèle un grand potentiel pour l’amiante
(chrysotile), le talc, la stéatite,
le calcaire de haute pureté, la silice,
la tourbe et le sel.
On y trouve également quelques gisements non exploités
de barytine, de chromite et de
gypse.
Plusieurs
gisements de chrysotile associés à
la zone d’ophiolite du sud-ouest des Appalaches (de l’Estrie
et de la Beauce) ont déjà été exploités
vers la fin du 19e siècle et tout au cours
du 20e siècle. Cette zone d’ophiolite
est localisée le long de la ligne Brompton-Baie-Verte, un
corridor de déformation intense d’extension régionale.
De nombreux gisements de talc et de stéatite
également associés à cette zone ont déjà
fait l’objet d’exploitation. Toutefois, la seule exploitation
de talc au Québec, située près de Saint-Pierre-de-Broughton,
a cessé ses activités en 2001 en raison de la présence
de fibres d’amiante dans le minerai. Cependant, l’extraction
de la stéatite se poursuit encore de nos jours à la
mine Fraser, près de East-Broughton.
 
Dans les Appalaches du Québec, les calcaires
sont exploités dans la région du lac Champlain (baie
Missisquoi) au sud de Saint-Jean-sur-Richelieu et à Lime
Ridge au nord-est de Sherbrooke. D’autres sources potentielles
de calcaire pur ont été identifiées dans le
Bas-Saint-Laurent et dans l’Est du Québec, en Gaspésie.
Dans la région du lac Champlain, ils proviennent des formations
de Corey et de Strites Pond (Groupe de Philipsburg). À Lime
Ridge, où l’on produit de la chaux depuis plus de 150 ans,
les carrières de la compagnie Graymont inc. se situent dans
une bande de calcaire récifal très pur, en partie
recristallisé. Dans le Bas-Saint-Laurent, les calcaires des
formations de Témiscouata, Sayabec, Rivière-Ouelle
et de Romieu offrent un bon potentiel pour la pierre industrielle.
Les argilites de la Formation de l’orignal, dans le canton
de Lepage (secteur de Mont-Joli), ont déjà été
exploitées pour des produits d’argile. Un gîte
d’obsidienne dans le secteur des monts Tuzo et Squaw Cap se
retrouve à l’extrémité est de la région.
En Gaspésie, d’importants gîtes de calcaire pur,
associés aux formations de West Point et de la Vielle (Groupe
de Chaleur), ont été identifiés dans le canton
Lefrançois au sud de Rivière-Madeleine, ainsi que
dans le secteur de Port-Daniel dans la baie des Chaleurs.
Dans
le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, les grès
quartzitiques des formations de Val-Brillant et de Kamouraska
renferment des teneurs en silice supérieures à 96
% et constituent des sources potentielles de silice. Ces deux unités
de grès ont été exploitées comme source
de fondant siliceux.
Le Bas-Saint-Laurent occupe une place majeure dans
l’industrie de la tourbe au Québec. Il existe dans
la région au moins une vingtaine de dépôts de
tourbe, situés pour la plupart le long du fleuve Saint-Laurent.
Sa production représente 50 % de la tourbe produite au Québec.
La majorité du volume récolté alimente une
quarantaine de pays.
Le bassin permo-carbonifère des Appalaches
(Îles-de-la-Madeleine) est l’hôte de gîtes
de sel et de gypse et constitue
aussi une source de dépôts de sable siliceux.
Sept gîtes importants de sel avec, dans certains cas, des
teneurs intéressantes en potasse, ont été découverts
dans le sous-sol des îles à des profondeurs variant
entre 30 et 300 mètres. Le plus important, celui du Rocher-au-Dauphin,
est exploité depuis 1982 par les Mines Seleine inc.
Les dunes et les tombolos des Îles-de-la-Madeleine,
ainsi qu’une partie de la plate-forme continentale en bordure
est de l’archipel, sont constitués de sables
siliceux dont la source principale sont des grès.
Ce dépôt de sable, situé dans le chenal de Sandy
Hook entre l’Île-d’Entrée et l’Île-du-Havre-Aubert,
a fait l’objet d’évaluation comme source de sable
de silice pour la fonderie et le verre. Ce sable contient, toutefois,
une proportion appréciable de feldspath qui doit être
enlevée.
Les bassins sédimentaires de la Ceinture
orogénique des Appalaches renferment quelques dépôts
de barytine. Le gisement d’Upton (Robex),
associé au Groupe d’Upton et celui de Saint-Fabien,
localisé dans la Formation de Saint Damase (Groupe de Trois
Pistoles) constituent actuellement les deux plus importants dépôts
de barytine identifiés au Québec. Ces dépôts
n’ont pas encore fait l’objet d’exploitation.
Les complexes ophiolitiques des Appalaches (secteurs
de Thetford Mines, d’Asbestos et d’Orford) renferment
de nombreux gîtes de chromite de type podiforme.
Ceux-ci sont contenus dans des lentilles de dunite au sein des harzburgites
tectonisées et dans des horizons de dunite au sein des séquences
à cumulats sus-jacents à l’harzburgite. Plusieurs
de ces gîtes ont été exploités au cours
des deux dernières guerres mondiales.
Les principaux gîtes de gypse
forment des couches de 5 cm à 5 m d’épaisseur
dans une brèche à fragments de mudstone et de grès
de la Formation aux Maisons (Groupe de Windsor). Tiphane (1970)
estime à quelque 100 000 tonnes la quantité
de gypse de bonne qualité qui pourrait être facilement
extraite du sous-sol des îles.
Perspectives et opportunités
Le complexe ophiolitique du sud-ouest de la Ceinture
orogénique des Appalaches au Québec constitue un environnement
géologique favorable pour la découverte d’autres
gîtes d’amiante (chrysotile), de talc et de stéatite.
Quant aux bassins sédimentaires, ils présentent un
bon potentiel en pierres industrielles (calcaire, silice) et en
dépôts de sel et de gypse.
Références
|