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Développement de la main-d'œuvre en aménagement forestier – Rapport du comité interministériel – Sommaire


Rapport intégral (Format PDF, 340 Ko)

Sommaire

Les problématiques liées au secteur de l'aménagement forestier

Diverses enquêtes et sondages ont fait ressortir les principales problématiques inhérentes au secteur de l'aménagement forestier :

  • l'absence de relève et les difficultés de recrutement,
  • le vieillissement de la main-d'œuvre,
  • le roulement du personnel,
  • la qualification de la main-d'œuvre,
  • la faible rentabilité des entreprises d'aménagement,
  • l'évolution des exigences normatives (sylvicoles et environnementales), etc.

Dans un contexte d'intensification importante des travaux sylvicoles, il devenait impératif de trouver rapidement des solutions aux problèmes de développement de la main-d'œuvre. C'est dans cette perspective que le ministre des Ressources naturelles, M. Jacques Brassard, annonçait, en avril 2000, la mise sur pied d'un comité interministériel sur le développement de la main-d'œuvre.

Ce comité, composé de représentants des ministères des Ressources naturelles, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, de l'Industrie et du Commerce, de l'Éducation, du Travail et des Régions, avait pour mandat de :

  • mettre en place, en partenariat avec les principaux organismes impliqués, une approche concertée sur le développement de la main-d'œuvre en aménagement forestier (reboisement, débroussaillage, abattage manuel);
  • proposer des orientations, des scénarios de mise en œuvre et un plan d'action.

Le comité devait aussi :

  • reconfigurer le Programme de création d'emplois en forêt;
  • assurer la récurrence de son financement à moyen ou à long terme;

Les travaux du comité se sont déroulés entre septembre 2000 et janvier 2001. Au cours de cette période, le comité s'est réuni à cinq reprises avec les partenaires non gouvernementaux :

  • Comité de stratégie des ouvriers sylvicoles,
  • Regroupement des sociétés d'aménagement du Québec,
  • Conférence des coopératives forestières du Québec,
  • Rexforêt,
  • Association des manufacturiers de bois de sciage du Québec
  • Association des entrepreneurs en travaux sylvicoles du Québec,
  • Association déroulage et sciage de feuillus du Québec.

Ces organismes ont exprimé leurs attentes, en plus de collaborer à l'élaboration et à la validation de l'état de la situation, des orientations et des scénarios de mise en œuvre.

Une main-d'œuvre instable

Selon les enquêtes et les études disponibles, le secteur de l'aménagement forestier éprouve des difficultés à attirer les jeunes et à garder les travailleurs en emploi (saisonnalité, éloignement, dépenses d'emploi élevées, efforts physiques particulièrement exigeants, métiers peu valorisés). De plus, l'achat d'équipement et le transport représentent des obstacles importants pour les nouveaux travailleurs.

Malgré ce qui précède, les principales causes d'insatisfaction chez les travailleurs touchent le salaire, les avantages sociaux, les perspectives d'avenir et le caractère routinier du travail. Conséquemment, une forte proportion de la main-d'œuvre ne désire travailler que le nombre minimum de semaines requis pour retirer des prestations d'assurance-emploi.

Par ailleurs, compte tenu du taux de chômage observé dans plusieurs régions, beaucoup de personnes s'improvisent travailleurs forestiers sans toutefois posséder les compétences nécessaires. Le fort taux de roulement des travailleurs qu'entraîne cette situation n'incite pas les entreprises d'aménagement à former de nouveaux ouvriers.

De plus, les difficultés de recrutement et de rétention du secteur demeurent importantes, et ce, malgré les sommes considérables que le gouvernement du Québec a allouées depuis plusieurs années à différents programmes d'aménagement forestier, de création d'emplois et de formation des travailleurs.

Toutefois, selon des statistiques du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale, près de 10 000 personnes sans emploi déclaraient, en pleine saison d'activités en 1999, avoir vécu une expérience de travail dans le secteur de l'aménagement forestier (ouvriers en sylviculture, manœuvres d'exploitation forestière, conducteurs d'engins forestiers).

En 1998-1999, le nombre estimé d'emplois saisonniers en aménagement forestier se situait à 12 200, répartis comme suit :

  • 5 100 débroussailleurs,
  • 3 800 reboiseurs,
  • 3 300 abatteurs manuels.

Un secteur peu rentable pour les entreprises d'aménagement

Par ailleurs, une enquête sur les coûts de la sylviculture en forêt publique a été réalisée pour la saison 1996. Elle montre que la marge bénéficiaire brute des entreprises d'aménagement était d'environ 10 % et que les salaires et les avantages sociaux des travailleurs et des contremaîtres représentaient près de 68 % du coût total de réalisation des traitements.

Enquête sur la main-d'œuvre – Quelques chiffres

De façon plus spécifique, les données préliminaires de l'Enquête sur la main-d'œuvre forestière menée en 1999 révèlent que :

  • l'âge moyen des débroussailleurs était de 42,4 ans et les deux tiers avaient plus de 40 ans;
  • près de 65 % des travailleurs avaient plus de 10 ans d'expérience (moyenne de 13,8 ans);
  • ces travailleurs étaient non syndiqués et que 95 % d'entre eux travaillaient à forfait;
  • près de 60 % de ces travailleurs avaient gagné un revenu annuel qui se situait entre 20 000 $ et 30 000 $ (incluant les prestations d'assurance-emploi et d'assistance-emploi);
  • un débroussailleur travaillait en moyenne 17,8 semaines par année (45,7 heures par semaine), pour un salaire hebdomadaire brut de 760 $;
  • près de 95 % de ces travailleurs ont reçu des prestations d'assurance-emploi, pour une durée moyenne de 29 semaines;
  • les dépenses d'emploi des travailleurs sylvicoles sont estimées à 110 $ par semaine (en excluant les frais de transport).

Un secteur important pour l'économie des régions

Au Québec, plusieurs communautés dépendent fortement du secteur forestier. De fait, il existe 125 municipalités où plus de 50 % des emplois sont liés à ce secteur.

Le secteur de l'aménagement forestier dans le paysage rural québécois constitue le premier maillon de l'industrie forestière, qui génère des livraisons manufacturières de près de 19 MM$ par année.

Au recensement de 1996, les municipalités rurales affichaient un taux de chômage de 22,5 % et près de 65 % des emplois étaient occupés par des travailleurs saisonniers ou à temps partiel.

Le revenu moyen des ménages atteignait seulement 75 % de celui du Québec. Ces collectivités rurales font face actuellement à un exode de leur population.

Les programmes et mesures de soutien à l'emploi et à la formation

Le gouvernement québécois offre plusieurs mesures de soutien à l'emploi et à la formation en aménagement forestier.

Ainsi, le Programme de création d'emplois en forêt, administré par la société Rexforêt, permet de soutenir l'activité économique des régions et de créer de nouveaux emplois. Introduit en 1987, ce programme avait pour objectif de maintenir active la main-d'œuvre forestière et de stimuler l'activité économique régionale. Par ailleurs, des investissements de plus de 96 M$ ont été consentis depuis par le ministère des Ressources naturelles, ce qui a permis la création d'environ 4 600 emplois d'une durée moyenne de 24 semaines.

De plus, le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale offre plusieurs mesures (formation, subventions salariales, supplément de retour au travail, régime de qualification de la main-d'œuvre, etc.), qui permettent l'insertion économique et sociale des personnes. Ces mesures, administrées par Emploi-Québec, touchent l'ensemble des secteurs économiques et visent plus particulièrement des clientèles économiquement défavorisées.

Le ministère de l'Industrie et du Commerce offre, quant à lui, des mesures particulières, telles le Régime d'investissement coopératif (RIC), le Programme de soutien aux regroupements sectoriels et agit, par l'entremise d'Investissement Québec, dans plusieurs secteurs de l'économie.

Enfin, le ministère de l'Éducation offre présentement trois programmes d'études professionnelles en aménagement forestier :

  1. sylviculture,
  2. aménagement de la forêt,
  3. récolte de la matière ligneuse.

Les modes de financement

Les modes de financement de la sylviculture varient selon que les travaux sont réalisés en forêt privée ou dans les forêts du domaine de l'État.

En forêt privée, le financement est assuré par le ministère des Ressources naturelles, l'industrie forestière et les propriétaires de lots boisés, ces sommes étant administrées par les agences de mise en valeur des forêts privées. Par ailleurs, un programme spécifique permet aux propriétaires de boisés privés d'obtenir un remboursement de 85 % des taxes foncières lorsqu'ils réalisent des travaux d'aménagement forestier.

Dans les forêts du domaine de l'État, la Loi sur les forêts prévoit que les bénéficiaires de contrats d'approvisionnement et d'aménagement forestier (CAAF) peuvent payer les redevances forestières exigibles en argent ou en traitements sylvicoles.

Également, le Programme de mise en valeur des ressources du milieu forestier permet aux collectivités locales d'obtenir du financement pour des activités de mise en valeur de la forêt, tant en territoire public que privé. Globalement, pour la seule année 1999-2000, des investissements de plus de 220 M$, en provenance de fonds publics, ont été consentis pour l'aménagement des forêts privées et dans celles du domaine de l'État.

Les prospectives

L'Institut de la statistique du Québec a publié des données sur les perspectives démographiques du Québec et de ses régions.

Selon ces données, en 2016, l'âge moyen pour l'ensemble du Québec devrait se situer à environ 42 ans (Bas-Saint-Laurent : 46,2 - Mauricie : 44,0 - Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine : 45,6 - Capitale-Nationale : 44,5), soit une hausse de 5,1 ans sur un horizon de 20 ans.

Dans ce contexte, le vieillissement de la population pourrait accentuer la problématique de remplacement de la main-d'œuvre, le secteur forestier étant en concurrence sévère avec les autres secteurs d'activité économique. À cet égard, il ne serait pas étonnant que la mécanisation partielle dans le secteur de l'aménagement forestier puisse constituer un élément de solution au manque de disponibilité de la main-d'oeuvre.

Selon des données préliminaires, on estime à près de 1 200 emplois saisonniers (1 360 débroussailleurs et réduction de 140 reboiseurs) la demande supplémentaire de main-d'œuvre en aménagement forestier pour les territoires couverts par les récents plans généraux d'aménagement forestier (2000-2005).

De plus, le ministère des Ressources naturelles proposait récemment un scénario qui comporte la réalisation annuelle de 50 000 hectares de travaux supplémentaires à compter de 2005, dans le cadre d'un projet de politique de rendement accru des forêts publiques et privées. Ces travaux supplémentaires (rendement accru) entraîneraient une hausse de la demande provinciale de la main-d'œuvre, estimée à 1 200 reboiseurs et 750 débroussailleurs.

Orientations

Le comité propose treize orientations sur les thèmes suivants :

  1. la création d'emplois,
  2. la relève,
  3. la rétention en emploi,
  4. et le suivi du plan d'action.

Au chapitre de la création d'emplois, le comité recommande de recentrer le Programme de création d'emplois sur le soutien de l'activité économique des régions en maintenant, de façon transitoire, un volet de développement de la main-d'œuvre, tout en assurant la récurrence sur trois ans du financement de ce programme.

Pour la relève, le comité recommande de réviser les programmes de formation professionnelle en aménagement forestier de manière à former des travailleurs aptes à répondre aux besoins du marché et à mettre en œuvre ou ajuster le Régime de qualification de la main-d'œuvre pour les ouvriers débroussailleurs (avril 2001) et les abatteurs manuels (avril 2002).

Au chapitre de la rétention d'emploi, le comité met en avant, en collaboration avec les partenaires associés à la démarche, diverses propositions, dont l'une vise à augmenter, d'ici 2005, la durée moyenne de l'emploi en aménagement forestier à 24 semaines par année.

De plus, pour consolider les entreprises d'aménagement, le comité recommande :

  • de favoriser la signature de contrats sylvicoles de moyenne et de longue durée (trois ans et plus);
  • d'assurer la rémunération des entreprises d'aménagement pour l'ensemble des tâches qu'elles ont à accomplir (planification, exécution, suivi);
  • de mettre à jour les connaissances sur les coûts de la sylviculture;
  • de permettre aux entreprises d'aménagement d'influencer le cadre normatif des instructions sylvicoles;
  • de profiter d'une éventuelle politique de rendement accru des forêts;
  • de promouvoir le nouveau contrat d'aménagement forestier comme un outil permettant de consolider les entreprises.

Également, le comité recommande de poursuivre les efforts de promotion afin d'informer les travailleurs sylvicoles des déductions fiscales admissibles aux dépenses d'emploi. Il recommande aussi qu'Emploi-Québec maintienne son appui au Comité sectoriel de main-d'œuvre en aménagement forestier.

Enfin, le comité recommande d'assurer le suivi des orientations et des scénarios de mise en œuvre. Les enjeux forestiers et économiques interpellent tous les partenaires et imposent de mesurer périodiquement la progression des réalisations et l'atteinte des objectifs poursuivis.


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